Enseignement français à l’étranger et francophonie
Préserver notre modèle, défendre les intérêts des familles et renforcer l’inclusion au sein de nos établissements.
Avec plus de 600 établissements homologués et plus de 400 000 élèves, le réseau d’enseignement français à l’étranger est le premier réseau scolaire à rattachement national au monde. Il remplit une double mission. Il offre aux enfants français établis hors de France un accès à l’école de la République : 30 % de ses élèves sont français. Il fait aussi rayonner la langue, la culture et les valeurs françaises auprès des 70 % d’élèves d’autres nationalités, ce qui en fait un outil majeur de l’influence de la France.
Ce modèle traverse aujourd’hui une crise sérieuse. Depuis 2009, l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) supporte des charges de personnel en croissance plus rapide que d’autres opérateurs notamment en raison de la mise à sa charge de la part patronale des pensions civiles de ses personnels détachés mais aussi de régimes d’indemnités favorables et très coûteuses pour les personnels de direction et les formateurs, conduisant à des arbitrages au détriment des enseignants. Pour faire face à ses difficultés financières, son conseil d’administration a décidé en décembre 2025 d’en faire porter une part importante aux établissements dès 2026. Hausses des frais de scolarité, suppressions de postes, départ des familles de classes moyennes : les conséquences inquiètent parents, personnels et comités de gestion.
Le rapport remis en 2026 par la sénatrice Samantha Cazebonne, qui s’appuie sur des centaines de contributions et d’auditions, dresse un diagnostic lucide : des décisions prises sans concertation suffisante, une agence dépourvue de comptabilité analytique, des marges d’efficience jamais pleinement explorées avant de solliciter davantage les établissements et les familles. Dans le même temps, le nombre d’élèves boursiers a reculé, de près de 24 000 en 2023 à 18 578 à la rentrée 2025.
La réforme de l’agence est nécessaire. Elle doit préserver ce modèle et ne pas faire payer aux familles, françaises en premier lieu, le prix de ses difficultés budgétaires.
Nos propositions :
Une réforme qui préserve les familles
Conditionner tout nouvel effort demandé aux établissements à la démonstration des économies réalisées par l’agence, en la dotant d’une comptabilité analytique et en réexaminant l’organisation de sa gouvernance.
Ramener la contribution des établissements aux pensions civiles (CPC) à un niveau soutenable, soit 35 %, supprimer progressivement la participation financière complémentaire (PFC) et appliquer un taux réduit de participation à la rémunération des résidents et détachés (PRRD) aux établissements dont les frais de scolarité sont les plus bas.
Faire de la maîtrise des frais de scolarité un objectif explicite de la réforme, pour que l’enseignement français reste accessible aux familles françaises.
Garantir l’accès des familles françaises
Enrayer la baisse du nombre de boursiers et mieux prendre en compte la situation des classes moyennes, qui ne bénéficient pas des bourses mais subissent de plein fouet les hausses de frais, en révisant périodiquement le quotient plafond (Qmax) et en donnant aux Conseils consulaires la responsabilité de réviser une fois par mandature les valeurs plafonds de patrimoine pour l’exclusion du système des bourses scolaires, en distinguant la résidence principale, l’immobilier sur le territoire français et celui hors de France
Attribuer les bourses scolaires pour un cycle de trois ans, afin d’offrir de la visibilité aux familles et de libérer du temps d’instruction pour la lutte contre la fraude.
Assumer pleinement la double mission du réseau
Moderniser la gouvernance de l’AEFE, avec un conseil d’administration resserré et une meilleure association des établissements et des parents aux décisions qui les concernent.
Mieux reconnaître la responsabilité des associations de parents d’élèves gestionnaires d’établissements conventionnés : refondre le modèle de convention type, prévoir une implication dans la sélection du chef d’établissement puis la prolongation de son détachement, ne plus imposer de DAF expatriés ni d’autres cadres de direction (primaire) sans accord de l’APE et reporter les économies ainsi réalisées en réduction de la PRRD.
Créer une marque de l’éducation française et des labels complémentaires à l’homologation, pour renforcer l’attractivité du réseau face à la concurrence des systèmes éducatifs internationaux.
Mieux intégrer les établissements LabelFrancÉducation, les associations FLAM et les réseaux d’anciens élèves dans la stratégie de développement et d’influence de l’enseignement français.
Une école inclusive
Maintenir l’aide au financement des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) sans condition de ressources, indispensable à la scolarisation de ces enfants.
Garantir l’accès des AESH aux formations organisées par les établissements, quel que soit leur employeur, pour assurer un accompagnement de qualité.
Mettre fin aux retards de notification des MDPH, qui privent des enfants de leur accompagnant, grâce à la Maison internationale des personnes handicapées portée par la proposition de loi (voir chapitre 4).
Maintenir le lien avec la langue française
Soutenir les associations FLAM, qui permettent aux enfants scolarisés hors du réseau de conserver un lien vivant avec la langue et la culture françaises.
Renforcer le rôle des élus consulaires sur les questions scolaires et culturelles
Faciliter l’organisation annuelle d’une séance du Conseil consulaire « enseignement » (hors CCB) qui traite du réseau de l’enseignement français et du réseau culturel dans la circonscription pour veiller à la prise en compte des intérêts des Français et des propositions des élus dans les orientations locales.